Juillet 1967. J’ai 17 ans. Et pendant que ma famille, mes amis, mon pays, le monde entier est en visite à Montréal pour l’Expo Universelle, moi je suis en prison au Sanatorium de Mont-Joli.
Nature du délit: Congestion hilaire bilatérale massive évolutive.
Verdict: Tuberculose, contagieux, 7 mois de détention à l’hôpital.
Je m'ennuie à mourir.
Pour un peu d'argent de poche, j’ai accepté de me lever à 5 h tous les matins pour passer la communion avec l'aumônier de l'hôpital. J’ai une petite clochette dans une main, et une petite assiette (patène) dans l’autre. À chaque chambre, un p’tit coup de clochette, petite assiette sous la margoulette et vlan! Le corps du Christ, …au suivant !
Après les étages de cancer et tuberculose, on se rend aux étages des fous (comme on les appelait en ce temps-là). C'est là où je l'ai vu.
Dans une chambre/cellule, un homme en pyjama, assis sur le bord de son lit, regarde le mur en souriant, complètement indifférent de son entourage, comme s'il voyait des choses invisibles pour nous.
- C'est qui lui ?
- On sait pas! Y l’ont trouvé dans rue, pas de papiers, pas un mot, les yeux dans le vide.
Complètement dans la lune, les infirmiers ont vite fait de lui trouver un nom: Pierrot.
Tous les jours, j'allais le voir. Debout à la porte de sa chambre, je lui parlais dans ma tête.